Texte d’obsèques pour une maman, un papa, une grand-mère
Dire au revoir à un parent est souvent le texte le plus difficile à écrire. Voici trois exemples complets, et quelques repères pour trouver vos propres mots.
Mis à jour le · par l’équipe Trouver les mots
L’essentiel
- Pour un parent, mieux vaut choisir deux ou trois images fortes que raconter toute une vie.
- Reprendre ses expressions à lui ou à elle fait entendre sa voix une dernière fois.
- Un objet concret (une boîte, un tablier, une recette) porte plus d’émotion qu’un adjectif.
- Frères et sœurs peuvent écrire un texte commun à plusieurs voix, ou des textes courts qui se complètent.
Quand on perd un parent, on a trop à dire et on ne sait pas par où commencer. Toute une vie défile, des souvenirs d’enfance aux derniers mois. Le piège est de vouloir tout raconter. Le texte le plus juste choisit quelques images, et laisse le reste au silence.
Pour une maman
Maman,
Tu avais une phrase pour chaque situation. Quand on tombait : « ce n’est rien, ça va passer ». Quand on partait : « tu as pris un pull ? ». Quand on réussissait quelque chose : « je le savais ». Tu le savais toujours avant nous.
Tu as élevé trois enfants en travaillant de nuit à l’hôpital. On ne s’en rendait pas compte, à l’époque. Le matin, le petit déjeuner était prêt, les cartables aussi, et tu souriais. Aujourd’hui, avec nos propres enfants, on mesure ce que cela voulait dire.
Tu aimais les chansons de Barbara, les marchés du dimanche et les maisons pleines. Noël chez toi, c’était vingt personnes dans un salon fait pour huit, et personne ne s’en plaignait.
Ce que tu nous laisses, c’est une façon d’aimer : sans grands discours, avec un pull dans le sac et un plat qui mijote.
Ce n’est rien, Maman, ça va passer. Tu avais raison sur tout, sauf peut-être là-dessus. Mais on va essayer.
On t’aime.
Exemple fictif · environ 2 minutes. Les phrases de la mère reviennent au début et à la fin : c’est elle qu’on entend.
Pour un papa
Mon père était un homme de peu de mots et de beaucoup de gestes.
Il ne disait pas « je t’aime ». Il vérifiait la pression de mes pneus. Il ne disait pas « je suis fier de toi ». Il découpait les articles du journal local quand on parlait de mon club de foot, et il les gardait dans une boîte à chaussures. Nous l’avons retrouvée la semaine dernière. Il y avait tout, depuis mes huit ans.
Il a travaillé toute sa vie à la même usine, il a construit sa maison de ses mains, et il a appris à ses petits-enfants à reconnaître les oiseaux au chant. C’était sa fierté : un merle, une mésange, un rouge-gorge, sans même lever les yeux.
Papa, je n’ai jamais su te dire les choses. Tu n’as jamais su me les dire non plus. Mais je crois qu’on s’est compris.
Demain matin, quand j’entendrai le merle dans le jardin, je saurai que ce n’est pas un rouge-gorge. Grâce à toi.
Exemple fictif · environ 1 minute 30. La boîte à chaussures dit plus qu’un long discours sur la fierté.
Pour une grand-mère
Mamie, chez toi, il y avait toujours un gâteau sur la table et une place pour un de plus.
Nous y avons passé tous nos étés. Les cousins dans le grenier, les parties de cartes qui finissaient en fous rires, les tartines de confiture de mûres cueillies le long du chemin. Tu nous laissais faire à peu près tout, à condition d’être rentrés pour le dîner et d’avoir les mains propres.
Tu avais connu la guerre, la ferme, les hivers durs. Tu n’en parlais presque jamais. Tu disais que la vie était trop courte pour la passer à se plaindre, et tu l’as prouvé pendant quatre-vingt-quatorze ans.
Aujourd’hui, tes arrière-petits-enfants sont ici. Ils n’ont pas tous eu le temps de te connaître. Alors on leur racontera : le grenier, les mûres, les cartes. Et on leur fera ton gâteau au yaourt, même s’il ne sera jamais aussi bon que le tien.
Merci, Mamie. Pour les étés, et pour tout le reste.
Exemple fictif · environ 1 minute 30. Le texte passe le relais aux générations suivantes : c’est souvent ce qui console.
Quelques repères pour écrire le vôtre
- Cherchez ses phrases. Chaque parent a ses expressions. En reprendre une ou deux, c’est faire entendre sa voix une dernière fois.
- Cherchez un objet. Une boîte, un tablier, un outil, une recette. Un objet concret porte plus d’émotion qu’un adjectif.
- Parlez aux autres enfants, aux petits-enfants. Si vous êtes plusieurs frères et sœurs, mettez-vous d’accord : un seul texte à plusieurs voix, ou des textes courts qui se complètent.
- N’ayez pas peur des silences de la relation. Tout n’était pas parfait, et le texte n’a pas à le prétendre. « On ne savait pas se dire les choses » peut être la phrase la plus vraie du texte.
- Prévoyez un relais. Si l’émotion vous empêche de terminer, un proche peut reprendre la lecture. Donnez-lui une copie.
Questions fréquentes
Je n’arriverai jamais à lire le texte pour ma mère. Que faire ?
C’est très fréquent. Vous pouvez écrire le texte et le confier à un proche, au maître de cérémonie ou à l’officiant. Vous pouvez aussi choisir un texte très court, d’une minute, et le lire lentement, avec une copie en gros caractères.
Frères et sœurs, doit-on écrire un seul texte ?
Ce n’est pas obligatoire. Un texte commun, lu par un seul ou à plusieurs voix, évite les répétitions. Plusieurs textes courts, d’une ou deux minutes chacun, permettent à chacun de dire son lien. Parlez-en avant la cérémonie.
Peut-on évoquer une relation compliquée avec un parent ?
Oui, avec pudeur. Une phrase honnête (« nous n’étions pas toujours d’accord ») rend le reste du texte plus crédible. Les conflits eux-mêmes n’ont pas leur place pendant la cérémonie.