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Texte pour des obsèques : trois exemples et une méthode simple

Écrire pour un enterrement, c’est chercher ses mots au pire moment. Voici trois textes d’exemple, très différents, et une façon simple de trouver les vôtres.

Mis à jour le · par l’équipe Trouver les mots

L’essentiel

  • Un texte d’obsèques dure une à cinq minutes, soit 130 à 650 mots.
  • Il suit trois temps : qui était la personne, un ou deux souvenirs précis, ce qu’elle laisse et un au revoir.
  • Un fil conducteur (un objet, une phrase qu’elle répétait) qui revient au début et à la fin donne sa forme au texte.
  • Pour une cérémonie civile, on évite toute référence religieuse ; la consolation passe par ce que la personne a transmis.

Il n’y a pas de bon texte d’obsèques en général. Il y a le texte qui ressemble à la personne, et qui vous ressemble. Un texte simple, dit avec sincérité, touchera toujours plus qu’un beau texte emprunté. Les trois exemples ci-dessous ont été écrits pour des personnes imaginaires, à partir de quelques souvenirs.

Exemple 1 : pour une amie

Un texte d’environ deux minutes, dit par une amie de trente ans, qui s’adresse directement à la disparue.

Nathalie,

On s’est rencontrées en sixième, parce que tu avais oublié ta trousse et que je t’ai prêté un stylo. Tu ne me l’as jamais rendu. Tu disais que c’était pour avoir une bonne raison de me reparler.

Trente-quatre ans plus tard, tu me parlais encore tous les jours. D’un livre, d’une recette ratée, d’un projet de voyage qu’on ne ferait jamais. Tu avais cette façon de rendre les choses ordinaires un peu plus belles. Un café avec toi devenait une fête. Une mauvaise nouvelle devenait un problème à régler ensemble.

Tu étais la première à rire, et la première à appeler quand ça n’allait pas. Tu ne supportais pas qu’on reste seul dans son coin. Beaucoup de gens ici pourraient raconter un soir où tu as débarqué avec une bouteille et des gâteaux, parce que tu avais senti que quelque chose n’allait pas.

Aujourd’hui, c’est nous qui sommes dans notre coin. Et on sait exactement ce que tu nous dirais : « Appelez-vous. Voyez-vous. Ne restez pas seuls. »

Alors on va le faire, Nathalie. Pour toi.

Et je garde ton stylo. Cette fois, c’est moi qui ai une bonne raison de te reparler.

Exemple fictif · environ 2 minutes. Le stylo, présent au début et à la fin, donne au texte sa forme.

Exemple 2 : pour un grand-père, dit par un petit-fils

Un texte court, pour un jeune adulte qui n’a pas l’habitude de parler en public.

Papi, c’est toi qui m’as appris à faire du vélo, à jouer à la belote et à perdre sans râler. Enfin, pour la belote, j’y travaille encore.

Tu nous racontais toujours la même histoire, celle de ton premier voyage à Marseille, à dix-sept ans, avec un sac et deux francs en poche. À chaque fois, le sac était un peu plus lourd et les francs un peu moins nombreux. On faisait semblant de ne pas remarquer.

Tu étais fier de nous, même quand on ne le méritait pas. Tu le disais à tout le monde, sauf à nous. Mamie nous l’a raconté.

Merci pour tout ça, Papi. Je te promets de continuer à perdre à la belote avec élégance.

Exemple fictif · un peu plus d’une minute. Un peu d’humour tendre est permis, s’il ressemble à la personne.

Exemple 3 : pour une cérémonie civile

Un texte sans référence religieuse, lu par un conjoint au crématorium, qui parle de la personne à l’assemblée.

Michèle aimait la mer en hiver, les romans policiers et les gens qui disent ce qu’ils pensent. Elle a été institutrice pendant trente-deux ans. Certains d’entre vous ont appris à lire avec elle. Elle se souvenait de chacun de vos prénoms.

Elle croyait à l’école, à la patience et aux secondes chances. Elle disait qu’on n’a jamais fini d’apprendre, et elle l’a prouvé : à soixante-dix ans, elle s’est mise à l’italien, pour lire ses auteurs préférés dans le texte.

Michèle ne croyait pas à un au-delà. Elle croyait à ce qu’on laisse derrière soi. Elle laisse des centaines d’élèves qui savent lire, une famille qui sait s’aimer, et un jardin plein d’hortensias qu’il faudra bien arroser.

Nous le ferons. Merci, Michèle, pour tout ce que tu nous as appris.

Exemple fictif · environ 1 minute 30. Aucune formule religieuse : la consolation passe par ce que la personne a transmis.

Écrire le vôtre en trente minutes

  1. Dix minutes pour noter, sans vous juger : trois traits de caractère, deux souvenirs précis, une phrase qu’elle ou il disait souvent, une passion.
  2. Choisissez un fil : un objet, une phrase, une habitude qui reviendra au début et à la fin. C’est ce qui donne sa forme au texte.
  3. Racontez un souvenir avec un détail concret : un lieu, un geste, une date.
  4. Dites ce qui reste : ce que la personne laisse, ce qu’elle vous a appris.
  5. Terminez par un mot à la personne : merci, au revoir, une promesse.
  6. Lisez à voix haute et coupez tout ce qui vous fait trébucher.

Questions fréquentes

Quelle longueur pour un texte d’obsèques ?

Une à cinq minutes, soit 130 à 650 mots. Un texte court et sincère est souvent plus fort qu’un long. S’il y a plusieurs intervenants, trois minutes chacun est un bon repère.

Peut-on mettre de l’humour dans un texte d’obsèques ?

Oui, si la personne avait de l’humour et si cela lui ressemble. Un souvenir drôle fait souvent du bien à l’assemblée. Évitez simplement tout ce qui pourrait blesser un proche présent.

Faut-il apprendre le texte par cœur ?

Non. Lisez-le, imprimé en gros caractères. Personne n’attend de vous une performance, seulement des mots sincères.

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