Les plus beaux poèmes pour un enterrement
Quatre classiques que l’on peut lire librement, deux poèmes écrits pour une personne, et quelques conseils pour choisir et pour lire sans trembler.
Mis à jour le · par l’équipe Trouver les mots
L’essentiel
- Les poèmes les plus lus aux obsèques : « Demain, dès l’aube » (Victor Hugo), « La mort n’est rien » (Henry Scott Holland), une strophe de « L’isolement » (Lamartine), « Comme on voit sur la branche » (Ronsard).
- Ces textes sont dans le domaine public : on peut les lire et les imprimer librement, en citant l’auteur.
- Un poème se lit en 20 secondes à une minute et demie ; deux ou trois lectures suffisent pour une cérémonie.
- Un poème écrit pour la personne, avec ses gestes et ses mots, touche davantage ceux qui l’ont connue.
Dans ce guide
Un poème dit en quelques lignes ce qu’un long discours peine à dire. Il laisse de la place au silence, et il permet à ceux qui ont du mal à parler de prendre quand même la parole. Les textes ci-dessous sont dans le domaine public : vous pouvez les lire, les imprimer sur un livret ou les recopier sur un faire-part, en citant leur auteur.
Quatre poèmes classiques
« Demain, dès l’aube », Victor Hugo
Écrit en 1847 pour sa fille Léopoldine, morte noyée quatre ans plus tôt, publié en 1856 dans Les Contemplations. C’est le poème du chemin vers la tombe, et celui que l’on choisit le plus souvent pour un enfant, un parent, un amour.
Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.
Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.
Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.
Durée : un peu moins d’une minute. Convient à une cérémonie religieuse comme civile.
« La mort n’est rien »
Ce texte est très souvent attribué à Charles Péguy, mais il vient d’un sermon du prêtre anglais Henry Scott Holland, prononcé en 1910. Sa version française, dont le traducteur est inconnu, est l’un des textes les plus lus aux obsèques. Il parle avec la voix de la personne disparue, pour consoler ceux qui restent.
La mort n’est rien, je suis seulement passé dans la pièce d’à côté.
Je suis moi. Vous êtes vous.
Ce que j’étais pour vous, je le suis toujours.
Donnez-moi le prénom que vous m’avez toujours donné,
Parlez-moi comme vous l’avez toujours fait.
N’employez pas un ton différent,
Ne prenez pas un air solennel ou triste.
Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.
Priez, souriez, pensez à moi, priez pour moi.
Que mon nom soit prononcé à la maison comme il l’a toujours été,
Sans emphase d’aucune sorte, sans une trace d’ombre.
La vie signifie tout ce qu’elle a toujours signifié.
Elle est ce qu’elle a toujours été.
Le fil n’est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de votre pensée,
Simplement parce que je suis hors de votre vue ?
Je vous attends. Je ne suis pas loin,
Juste de l’autre côté du chemin.
Vous voyez, tout est bien.
Durée : une minute environ. Pour une cérémonie civile, on retire souvent la ligne « Priez, souriez… » ou on la remplace par « Souriez, pensez à moi ».
« L’isolement », Alphonse de Lamartine
Un long poème de 1820 dont on lit en général une seule strophe, la plus célèbre de la langue française sur le manque. Elle se prête bien à une ouverture ou à une conclusion d’éloge.
Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.
Durée : vingt secondes. À glisser dans un texte plus long, ou à lire seule, en fin de cérémonie.
« Comme on voit sur la branche », Pierre de Ronsard
Un sonnet de 1578 sur la mort d’une jeune femme, comparée à une rose fauchée au printemps. On le choisit pour une personne partie jeune. L’orthographe est ici modernisée.
Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose,
En sa belle jeunesse, en sa première fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l’Aube de ses pleurs au point du jour l’arrose ;
La grâce dans sa feuille, et l’amour se repose,
Embaumant les jardins et les arbres d’odeur ;
Mais battue ou de pluie, ou d’excessive ardeur,
Languissante elle meurt, feuille à feuille déclose.
Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté,
La Parque t’a tuée, et cendre tu reposes.
Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,
Ce vase plein de lait, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses.
Durée : une minute. La langue est ancienne : lisez-le lentement, et entraînez-vous une ou deux fois.
Deux poèmes écrits pour une personne
Un classique touche tout le monde. Un poème écrit pour la personne, avec ses gestes, ses mots, ses lieux, touche ceux qui l’ont connue. Voici deux exemples, écrits pour des personnes imaginaires à partir de quelques souvenirs.
Pour une grand-mère jardinière
Tu gardais des graines dans tes poches
et des noms de fleurs dans ta mémoire,
tu savais quand la pluie serait proche
et quand il fallait encore y croire.
Tu disais « ça repoussera » des rosiers,
des genoux écorchés, des gros chagrins,
et nous avons appris à patienter
en te regardant semer chaque matin.
Aujourd’hui la maison garde ton pas,
ton tablier pend encore à la porte,
et chacun de nous, sans le dire, va
chercher ta voix dans les feuilles mortes.
Le jardin ne sait pas que tu es partie.
Il fleurira quand même au printemps,
et c’est peut-être ainsi que tu nous dis
de continuer, tout simplement.
Exemple fictif, écrit à partir de trois souvenirs : les graines dans les poches, « ça repoussera », le tablier.
Pour un père, en vers libres
Papa,
tu n’aimais pas les grands mots,
alors je serai bref, comme toi.
Merci pour les dimanches au bord de l’eau,
pour la patience au bout du fil,
pour « on verra bien », qui voulait dire « je suis là ».
Je garde ta montre, ton rire, ta façon de siffler.
Et je te promets d’apprendre enfin à pêcher.
Exemple fictif. Les vers libres, sans rimes, sonnent souvent plus juste qu’un poème rimé à tout prix.
Comment choisir
| Si la personne était… | On choisit souvent |
|---|---|
| Un parent, un grand-parent | « Demain, dès l’aube », « La mort n’est rien », ou un poème personnel |
| Partie jeune | Ronsard, « Comme on voit sur la branche » |
| Croyante | « La mort n’est rien », dans sa version complète |
| Discrète, peu démonstrative | Un texte court : la strophe de Lamartine, ou quelques vers libres |
| Joyeuse, pleine de vie | « La mort n’est rien », qui invite à « continuer à rire » |
Posez-vous aussi la question de la voix : qui va lire ? Un petit-enfant sera plus à l’aise avec un texte court et simple. Et demandez aux pompes funèbres ou à l’officiant combien de textes sont prévus : deux ou trois lectures d’une minute, c’est souvent l’équilibre juste.
Lire un poème à voix haute
- Imprimez-le en gros caractères, une strophe par bloc, avec de l’espace entre les strophes.
- Respirez à chaque fin de strophe. Le silence fait partie du poème.
- Lisez plus lentement que vous ne le pensez. L’émotion accélère le débit.
- Si la voix se brise, arrêtez-vous, respirez, reprenez. Personne ne vous en voudra. Vous pouvez aussi prévoir un proche pour prendre le relais.
Questions fréquentes
A-t-on le droit de lire un poème de Victor Hugo à un enterrement ?
Oui. Les œuvres de Victor Hugo, de Lamartine ou de Ronsard sont dans le domaine public : on peut les lire, les imprimer et les recopier librement, en citant l’auteur.
Quel poème lire pour une maman ?
« La mort n’est rien » et « Demain, dès l’aube » sont souvent choisis. Mais un poème qui parle de ses gestes à elle, de sa cuisine, de ses expressions, touchera davantage ceux qui l’ont connue.
Peut-on lire un poème lors d’une cérémonie civile ?
Bien sûr. Choisissez simplement un texte sans référence religieuse, ou adaptez le vers qui en contient une, comme on le fait souvent pour « La mort n’est rien ».
Combien de temps dure la lecture d’un poème ?
Entre vingt secondes et une minute et demie pour les poèmes de cette page. Un poème de 16 vers se lit en une minute environ, à un rythme posé.